“Même quand on écrit sur l’ombre, on continue à se raconter des histoires sur la nôtre. Moi, par exemple…
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“Ce que je décris des organisations, ces tensions entre mission, valeurs, ressources, ego, peurs, je l’observe d’abord en moi-même. Mon ‘système Kevin’ fonctionne avec les mêmes paradoxes que les équipes que j’accompagne.”
Pour parler de mon système interne, j’utilise une image : celle de cercles.
je te propose quelque chose d’un peu particulier : je deviens mon propre cas pratique. L’objectif n’est pas de faire ma biographie, mais de te montrer, en toute transparence, comment :
mon système interne est structuré,
comment mes forces et mes Ombres s’articulent,
comment je me sers de ces cartes… d’abord sur moi.
Tu pourras ensuite t’appuyer sur ce cas pour tracer ta propre carte intérieure.
Lire son monde intérieur comme un système vivant
Je pars d’une conviction simple :
Nous sommes des systèmes vivants, faits de plusieurs “parties” qui interagissent.
Pour te parler de mon système interne, j’utilise une image : celle de cercles concentriques.
Au centre : un noyau – ce qui me met en mouvement à un niveau très profond.
Autour : une première couronne – les grandes fonctions internes qui prennent souvent le volant.
Puis une deuxième couronne – les protecteurs, les moteurs cachés, les dérives possibles.
Et enfin une troisième couronne – les ressources de régulation, celles qui me permettent de revenir à moi.
Tout fonctionne de manière à ce qui se joue à l’intérieur de moi se rejoue dans mes relations, dans ma façon de travailler, d’entreprendre, d’accompagner les organisations.
Le noyau : ce qui m’anime vraiment
Si je devais résumer la “molécule centrale” de mon système interne, je la décrirais comme un alliage de trois éléments :
Le sens Je ne supporte pas longtemps ce qui est purement décoratif. J’ai besoin que ce que je fais touche à quelque chose de réel, d’important, de vivant.
La transformation J’ai la conviction profonde que les personnes et les systèmes peuvent changer. Pas dans le fantasme magique, mais par un travail de conscience, de responsabilité et d’action.
La congruence Pour moi, il est essentiel que mes actes soient alignés avec ce que j’annonce. Dire une chose, faire l’inverse : c’est presque douloureux physiquement.
Si tu imagines un schéma, tu peux voir ce noyau comme un cercle central où serait écrit :
Sens – Transformation – Congruence
Ce noyau envoie des signaux permanents à tout le reste de mon système :
Il m’éloigne spontanément des environnements trop superficiels ou trop “cosmétiques”.
Il m’attire vers des contextes de transformation réelle, même complexes, même exigeants.
Il me rend très sensible aux incohérences, aux contradictions entre discours et réalité – chez moi comme chez les autres.
Première couronne : Mes quatre grandes “fonctions internes”
Autour de ce noyau, il y a quatre grandes parties de moi qui structurent ma façon d’être et de travailler.
Je les appelle :
Le coach-contenant
Le stratège-architecte
Le créateur-pédagogue
La sentinelle éthique
Le coach-contenant
C’est la partie de moi qui :
tient le cadre (confidentialité, contrat, objectifs),
pose des questions plutôt que de donner des réponses,
reste en position +/+ (je suis OK, tu es OK),
fait confiance à la capacité de l’autre à trouver ses propres solutions.
Quand cette fonction est aux commandes, je suis dans une posture calme, ancrée, avec une attention particulière à :
l’écoute,
l’espace,
le rythme de la personne ou du groupe.
Elle est précieuse. Mais si elle prend trop de place, je peux aussi m’oublier dans le rôle de contenant pour les autres.
Le stratège-architecte
Lui, c’est mon côté ingénierie. Il adore :
concevoir des dispositifs pédagogiques,
penser des parcours (J1, J2, J3, suivis à 4 / 8 / 12 mois),
construire des offres structurées, des mémoires techniques, des écosystèmes d’accompagnement.
Quand il est aux commandes, je découpe, j’organise, je structure. Je vois les systèmes, les interactions, les boucles. C’est lui qui est très à l’aise avec la logique : individu / équipe / organisation / territoire.
Son risque : tout complexifier pour que tout soit pris en compte. Il peut rendre les choses plus lourdes que nécessaire si je ne le régule pas.
Le créateur-pédagogue
C’est la partie joueuse, inventrice, imagée.
Elle aime :
créer des jeux de cartes,
inventer des métaphores,
raconter des histoires,
rendre les concepts concrets, ludiques, visuels.
Quand elle est aux commandes, je cherche à ce que la personne s’approprie, pas juste qu’elle “comprenne”. Je pense en termes d’expérience, de ressenti, de mise en mouvement. Son risque : se laisser embarquer par le “toujours plus”, plus d’outils, plus d’exemples, plus de variantes.
La sentinelle éthique
C’est mon radar interne. Elle scanne en permanence :
mes intentions,
ma manière de communiquer,
ma façon de vendre, de proposer, de positionner mes offres.
Elle est très allergique aux :
manipulations,
promesses irréalistes,
discours qui jouent sur la peur ou le manque.
Elle me protège d’une dérive qui serait de “performer” au détriment de l’humain. Son risque : parfois, elle me retient un peu trop, là où je pourrais assumer davantage ma valeur, ma légitimité, ma visibilité.
Deuxième couronne : mes protecteurs et mes moteurs cachés
Autour de ces grandes fonctions gravitent des protecteurs et des moteurs. Ce sont eux qui, dans les moments de stress ou d’enjeu, peuvent orienter ma façon de réagir.
J’en distingue particulièrement quatre :
Le sauveur lucide
Le perfectionniste exhaustif
Le surproducteur anxieux
Le diplomate relationnel (Fais plaisir)
Le sauveur lucide
Je connais très bien le Triangle Dramatique (Victime / Persécuteur / Sauveur). Je l’utilise en analyse de pratique même. Et pourtant, il m’arrive encore de sentir mon Sauveur pointer le bout du nez.
Il apparaît dans des pensées comme :
“Je ne vais pas les laisser seuls avec ça.”
“Je peux ajouter quelque chose pour les sécuriser davantage.”
“Ils n’ont pas les ressources, je vais compenser un peu.”
Ce Sauveur est lucide : il sait théoriquement qu’il ne devrait pas tout prendre, mais émotionnellement, il aimerait bien “faire un peu plus”. Son intention est belle, mais s’il prend trop de place, je peux me surcharger et appauvrir la co-responsabilité avec l’autre.
Le perfectionniste exhaustif
C’est mon driver Sois Parfait en action.
Il se manifeste par :
“On peut encore améliorer ce chapitre.”
“Ce livret pourrait être plus complet.”
“Cette formation gagnerait à intégrer aussi ça et ça…”
Il me pousse vers la qualité, la rigueur, la profondeur. Mais il peut aussi me faire perdre beaucoup d’énergie sur les derniers 10 % qui ne changent pas forcément l’impact pour la personne en face.
Le surproducteur anxieux
Lui apparaît souvent quand l’enjeu monte : gros projet, forte visibilité, appel d’offres important, livre en cours d’écriture.
Son réflexe :
“Pour être sûr, on va produire beaucoup. Un dispositif ultra complet, un livret très dense, plusieurs supports, des bonus…”
Produire le rassure. Du coup, il m’entraîne dans des sprints créatifs et conceptuels… au risque d’augmenter ma charge réelle.
Le diplomate relationnel (Fais plaisir)
C’est un mélange de générosité et de driver Fais Plaisir.
Il me pousse à :
offrir certains outils gratuitement,
donner plus que prévu,
adapter à chaque personne, à chaque contexte.
Il est précieux : il nourrit la relation, il rend mon travail plus humain. Mais s’il domine, je peux minimiser mes propres besoins (temps, énergie, rémunération juste).
Troisième couronne : mes ressources de régulation
Heureusement, mon système interne ne fonctionne pas uniquement sur la base de l’effort et de la protection. J’ai aussi des ressources qui régulent, qui m’aident à revenir à une dynamique saine.
Les trois principales sont :
Mon enfant libre
Mon ancrage relationnel réel
Ma mémoire théorique intégrée
Mon enfant libre
C’est la partie spontanée, ludique, créative.
Elle s’exprime quand :
je m’amuse avec une métaphore,une situation complexe
je joue avec le design d’un support,
je ris de moi-même ou de mes propres travers,
je fais les choses “juste pour le plaisir”, sans enjeu.
Quand elle est présente, tout devient plus léger. Le travail redevient jeu, exploration, plutôt que performance.
5.2. Mon ancrage relationnel réel
Ce sont :
mes proches,
les échanges sans masque ni rôle,
les moments où je ne suis pas “le coach” ni “le formateur”, juste moi.
Ces espaces me rappellent que :
je n’ai pas à tenir le monde,
je ne suis pas réduit à ce que je produis,
j’ai le droit de me déposer aussi.
Ma mémoire théorique enfin en cours d’intégration et encore…
Tout ce que j’ai appris (Analyse Transactionnelle, systémique, Jung, théorie organisationnelle, intelligence émotionnelle…) ne sert pas seulement pour mes clients.
C’est aussi une mémoire interne qui me permet de :
reconnaître mes drivers quand ils s’activent,
repérer mes jeux psychologiques,
voir mes scénarios en action,
me repositionner (par exemple : revenir en +/+).
C’est une forme de vaccin psychique : je n’empêche pas tout, mais je peux traiter plus vite ce qui se rejoue.
Une boucle typique : ce qui se passe en moi devant un gros projet
Pour illustrer comment tout ça fonctionne ensemble, je te partage une scène intérieure fréquente.
Contexte : on me propose un gros projet de transformation ou je travaille sur ce livre.
Le noyau s’allume Sens – Transformation – Congruence : “Là, il y a du vrai enjeu humain. Ça mérite que je m’engage.”
La première couronne se met en marche
La deuxième couronne s’active
Sans régulation, la boucle devient épuisante Le projet devient très riche… mais aussi très lourd pour moi.
Avec régulation, la troisième couronne entre en jeu
Résultat : Le projet reste solide, profond, aligné, mais je le porte d’une manière plus vivable pour moi.


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